À propos de
"Comme une radio"

Extrait d’un entretien avec Francis Simeoni,
propos recueillis par Éric Caligaris,
le 27 novembre 2014.

« Comme une radio c’est une histoire et une proposition d’art et d’ouverture par la création que tu fais aux résidents et aux salariés, au sein d’un établissement qui, a priori, est en partie fermé. Donc, c’est toute une symbolique de vie amenée dans l’établissement par la pratique artistique, avec des idées de réflexion et de jeu autour de mots, de graphismes et d’un plein d’autres choses où les gens ont eux-même à s’impliquer.

La mise en route de cette pratique artistique amène du liant social dans l’éhpad. Il y a autant de moments pendant qu’entre les "émissions" où, autour d’un projet commun, on peut discuter, projeter, échanger de manière ludique et sortir de la gestion pure... L’art amène de la vie dans des milieux où les gens sont dans des rôles plutôt passifs. Il remet les résidents dans des rôles actifs et des salariés peuvent reprendre un peu en main le cycle de leur vie. Ce n’est pas évident pour tout le monde. Par exemple, personnellement, le fait de reprendre en main petit à petit ce qui m’intéressait, ce que j’avais envie de faire et pouvoir m’amuser ainsi de ma propre vie, je trouve que c’est un cadeau énorme. Quand on propose une activité artistique aux personnes qui sont ici, on fait exactement la même chose : transformer leur destinée en providence. Alors, proposer ceci dans un ehpad, cela veut dire que l’activité artistique tient compte de la dépendance des gens et reste expérimentable malgré celle-ci.

Rien n’est trop difficile à l’art : on doit pouvoir le faire en toutes circonstances et "Comme une radio" en est un exemple. Quand je me sens positionné en tant que collectionneur, j’ai l’impression de participer à un cycle de l’art qui est mort. Une oeuvre d’art, c’est un objet et quelque chose qui est fini, qui est arrêté ou alors qui vit par un observateur qui vient au devant. Elle n’a de valeur que parce qu’il y a des gens qui la regardent et s’accordent à la définir. Je trouve beaucoup plus intéressant de participer à un processus où les choses sont en train de se faire. Là, on travaille à proposer avec toute l’équipe : des salariés sont présents et participent. Pour certains, cela les dépasse largement, tandis que pour d’autres, ce n’est qu’une impression car, parfois, une question étonnante survient et témoigne de leur finesse de perception des choses qui se déroulent. On est en train d’écrire une histoire : celle qui fédère tout le monde dans l’échange d’une pratique artistique. Et là, nous sommes dans un art extrêmement vivant qui remplit son rôle sociologique. »