Polygraphie est une sélection de calligraphies spontanées réalisées par les résidents, le 29 septembre 2014, en marge du poème de Charles Baudelaire « À une passante», au cours du neuvième rendez-vous sonore de «Comme une radio».

Si l'écriture apparaît comme une forme d'expression spontanée, au même titre que la parole, c'est oublier à quel point son apprentissage aura été laborieux et son élaboration patiemment codifiée. Tant d'efforts pour, à chaque fois, tenter de vaincre l'inertie par un résultat, un rien par quelque chose et atteindre, avec l'automatisme, le sentiment d'une fluidité et d'une maîtrise “naturelle” du geste. Ce sont peut-être justement ces souvenirs de célérité dans l'âge qui précéderont et empliront d'abord l'intention de calligraphie, en introduisant des obstacles à l'énergie et à la constance que requiert cet acte. Le voici, ici, dans un contexte à priori rudimentaire, qui vise, avec un outil et un support des plus courants (le marker sur un paperboard) à mettre en oeuvre la pensée et le corps dans une même action. Notre acuité laisse peu de place à la maladresse (si ce n'est, peut-être, dans l'art et la philosophie). Pourtant, ces calligraphies n'en sont pas empreintes car elles ont été effectuées, ce jour-là, avec une volonté radicale de ponctuer les échanges verbaux. C’est en déployant, durant un court laps de temps, une concentration, ténacité et dispositifs de contournement imprévus, ces graphismes sont devenus des espaces autonomes. Ils mettent en balance des questions d’équilibre et de vide, dans d’autres registres sensibles que ceux de l’exactitude et du parachèvement. Ils racontent, à leur manière, l’affirmation d’autres rythmes, d’autres proportions et d’autres mesures.

"POLYGRAPHIE"
Exposition photographique
29 janvier - 31 avril 2015
dans le petit salon
de l’éhpad la rosée à Nice